Le passage de la Sicile sous la domination romaine fut le résultat d'une longue compétition pour le contrôle de la Méditerranée. La conquête romaine doit être lue sur fond de rivalités entre cités siciliennes, de présence carthaginoise et du nouveau poids assumé par Rome. Les événements liés à Pyrrhus et à Hiéron II appartiennent aux décennies qui précédèrent et accompagnèrent les guerres puniques. Pour l'île, il ne s'agissait pas d'un remplacement immédiat de tous les ordres établis : cités et territoires entrèrent progressivement dans un système politique plus vaste. La position de la Sicile, utile aux trafics et aux opérations militaires, en faisait un enjeu décisif.
La Sicile devint la première province romaine en 227 av. J.-C., entrant durablement dans le système politique de la république. Syracuse, toutefois, conserva une histoire politique propre encore quelque temps et capitula en 212 av. J.-C. devant Marcus Claudius Marcellus. Ces deux dates aident à comprendre pourquoi la conquête ne se réduit pas à un seul épisode. Rome dut construire son contrôle tandis que se poursuivaient guerres et alliances. Les cités siciliennes se trouvèrent à évaluer de quel côté se ranger, souvent dans des conditions changeantes. Le parcours d'Hiéron II, qui modifia ses alliances, montre combien les choix locaux dépendaient de la force des contendantes.
Une fois insérée dans la domination romaine, l'île eut un rôle économique notable grâce aux terres cultivables. L'expression « grenier de Rome » résume l'importance de l'approvisionnement agricole garanti par les terres siciliennes. Derrière cette formule se trouvaient des champs, des travailleurs, des propriétaires, des transports et des prélèvements fiscaux. Le rapport avec Rome offrait l'accès à un système commercial plus vaste, mais soumettait les communautés à de lourdes exigences. La conquête entraîna la perte d'une partie du patrimoine artistique et réduisit l'autonomie locale, même lorsque certaines structures civiques restèrent formellement en vie. Pour comprendre la province, il faut considérer à la fois les opportunités et les coûts de son fonctionnement.
Les routes furent un instrument essentiel. Les liaisons conçues aussi pour le mouvement des légions favorisaient le commerce entre cités et territoires. Un réseau routier ne sert pas seulement à une armée : il met en communication cités, campagnes, ports et marchés. La Sicile romaine vivait au sein de flux de produits et de personnes qui dépassaient les frontières de l'île. Les trafics avec d'autres provinces occidentales s'accompagnèrent de transformations dans la distribution de la terre. Les latifundia, grandes propriétés agricoles, montrent un aspect moins monumental mais fondamental de la période. La manière dont le sol était organisé influait sur la vie de ceux qui le cultivaient et sur l'économie civique.
Les révoltes d'esclaves révèlent les tensions produites par un système économique fondé aussi sur la grande exploitation du travail. On ne peut comprendre les mosaïques et les villas de l'époque romaine en oubliant le travail qui soutenait la richesse. L'arrivée de nombreux esclaves et la concentration des propriétés créèrent des conditions de conflit. Les révoltes furent durement réprimées, mais leur mémoire empêche de raconter la province uniquement à travers l'efficacité des routes ou la beauté des demeures aristocratiques. La Sicile romaine fut habitée par des personnes aux positions sociales très diverses, qui ne faisaient pas l'expérience de la prospérité de l'île de la même manière.
Les effets des guerres civiles de Rome atteignirent aussi la Sicile. L'épisode de Sextus Pompée montre l'importance stratégique de l'île : le contrôle de cités dans la partie orientale et le blocus des approvisionnements de grain pesèrent sur Rome. Octave le vainquit et réorganisa le pouvoir, modifiant aussi le système des impôts. La fiscalité changea au fil du temps, avec le passage de la dîme sur la récolte à un impôt lié à la propriété. Ce sont des changements administratifs qui peuvent sembler éloignés de la visite d'un site archéologique, mais ils pèsent sur la vie concrète des communautés : ils établissent qui paie, sur quelle base et avec quelles conséquences pour l'usage des terres.
La mosaïque de la Villa romaine du Casale à Piazza Armerina, les amphithéâtres de Catane et de Syracuse et une statue romaine de Vénus conservée au musée Paolo Orsi témoignent de formes diverses de l'art romain. Ces témoignages ont des échelles et des fonctions différentes. Une mosaïque appartient à un espace habité et décoré ; un amphithéâtre renvoie aux spectacles publics ; une statue révèle des choix artistiques et des formes de représentation. La villa documente surtout le goût et les possibilités économiques de ceux qui pouvaient la commander : elle ne décrit pas, à elle seule, la vie de la majorité des travailleurs agricoles. Voir ces œuvres avec les vestiges grecs permet de reconnaître continuités et transformations. Les cités siciliennes ne repartirent pas de zéro avec Rome : structures et mémoires antérieures furent réutilisées, adaptées ou accompagnées de nouvelles œuvres.
Avec le temps, le grain provenant d'Afrique du Nord réduisit la dépendance de Rome à l'égard des récoltes siciliennes. L'île continua d'être habitée, cultivée et traversée de trafics, mais sa place dans l'économie impériale changea. À la même période se formèrent des communautés chrétiennes et apparurent de nouvelles pratiques funéraires, signes d'une transformation religieuse graduelle. Une villa comme celle du Casale, un amphithéâtre urbain et une aire agricole racontent des aspects différents de cette histoire : le luxe d'une résidence, les spectacles publics et le travail dont dépendait la production. Les relier signifie reconnaître que la province ne fut pas seulement un territoire conquis. Elle fut une société en mouvement, marquée à la fois par des continuités grecques, des institutions romaines, des inégalités sociales et de nouvelles formes de culte.
Photo: Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons










































